Vacances !

Les permanences d’écrivain public que j’assure toute l’année vont s’arrêter pour la plupart durant ces deux mois d’été. Chaque fois, c’est l’occasion de faire un petit bilan : administrés ravis d’être entendus et compris, démêlage de plusieurs situations administratives compliquées (avec la Préfecture, la mairie, l’employeur) et aplanissement des problèmes ; ça fait du bien d’ajouter ma touche d’humanité dans ce monde parfois froid et automatisé.

J’ai un peu l’impression d’être un décodeur et d’arriver à relier les gens grâce à un écrit. Me voici plus libre pour des rédactions web ou des corrections estivales. Pour ceux que ça intéresse, il suffit d’un appel téléphonique ou d’un courriel.

Et pour tout le monde : bonnes vacances !

Correction de mémoire

Fée brandissant sa baguetteParfois, pour me changer de la monotonie des permanences, j’ai une correction de mémoire. J’aime bien l’exercice, car il s’agit en général de sujets passionnants qui me permettent d’apprendre et de me poser des questions sur certaines corrections. Plus je corrige et plus je me questionne. En ce moment, il s’agit du travail effectué dans une crèche par une professionnelle de la petite enfance, mais j’ai eu l’occasion de travailler sur la thématique de la liberté religieuse dans le travail, ou encore sur la maladie d’Alzheimer.

La correction grammaticale, orthographique, syntaxique et typographique est une occasion d’améliorer un travail colossal accompli par un étudiant qui connaît son sujet et qui manque, à ce stade, de recul pour effectuer les dernières modifications qui lui permettront de présenter un travail remarquable.

J’aime vraiment bien pouvoir apporter une plus-value et permettre à l’étudiant d’y voir plus clair en fin de course. Peut-être devrais-je mettre cette compétence plus en valeur…

Des courriers qui font mouche

Je n’ai pas toujours le résultat des courriers que je rédige. Enfin, parfois, la personne revient me voir avec un large sourire. Récemment, plusieurs victoires m’ont réchauffé le cœur.

Je rédige très souvent des courriers pour obtenir une habitation à loyer modéré à une famille souvent mal logée. Trois personnes de différentes communes ont obtenu des propositions et leur dossier a été retenu.

Une femme est venue me remercier, car son fils a obtenu le visa lui permettant de la rejoindre via la procédure de regroupement familial. Deux de ses quatre enfants ont été assassinés dans le conflit qui fait rage en République de Centrafrique. Savoir que son fils arrive sain et sauf m’a rendue heureuse.

Et puis, ce matin, une dame, maman d’une petite fille lourdement handicapée suite à une erreur médicale a obtenu l’établissement spécialisé qu’elle souhaitait pour son enfant. Aide-soignante à temps plein, elle assume seule sa fille handicapée, son petit garçon âgé de 7 ans et elle ne prend de repos que pour réaliser les démarches administratives.

J’aime bien savoir que mes courriers obtiennent le résultat escompté. Je mets du cœur et beaucoup de magie dans la moindre lettre et ça marche.

Vos papiers !

Lorsqu’un usager arrive avec un dossier à remplir, je crains toujours qu’il soit venu les mains dans les poches, certain que je connais toutes les réponses aux questions posées par l’administration.

« Avez-vous le livret de famille ?  »

- Ah non, j’ai oublié.

- Quelle est la date de naissance de vos enfants ?

- …

- Et quand votre mari est-il décédé ?

- C’était il y a longtemps.

- Quelle est la date ?

- …

- Quel est votre salaire ?

- Environ…

- Ah non ! J’ai besoin du montant exact : l’administration n’aime pas les approximations.

Le mieux, c’est quand même quand l’usager ne connaît pas son âge et me tend ses papiers pour que je fasse moi-même le calcul. Et après, j’ai en général droit à une petite réflexion du type : « Ah les papiers, c’est compliqué ! ».

 

 

L’écrivain public est mort…

Une de mes permanences d’écrivain public se déroule sans rendez-vous, et il y a toujours beaucoup de monde. La permanence dure trois heures et huit tickets sont généralement distribués. Il arrive que je puisse prendre plus de personnes, mais ce n’est pas toujours garanti.

Ce jour-là, alors que j’enchaîne les courriers, les recours, les contestations et autres résiliations depuis plus de deux heures, l’agent d’accueil m’avertit qu’une femme s’est présentée alors qu’elle ne fait pas partie de la commune ; elle me dit que cette personne ne trouve pas d’écrivain public pour l’aider. Je prends quelques minutes pour parler avec cette dame.

- De quelle commune venez-vous ?
- X. Il n’y a plus d’écrivain public.
- Ah bon !? Êtes-vous sûre ?
- Ah oui : à la mairie, on m’a dit qu’il était mort et que je n’avais qu’à me débrouiller. Je veux un écrivain public, même si je dois payer.

Les permanences que j’assure sont mises en place par les communes et sont gratuites pour leurs résidents ; en effet, je suis directement payée par la ville. Comme il s’agit de mon gagne-pain, il n’est pas envisageable que je travaille de façon bénévole. Aussi, lorsqu’un particulier requiert mes services, ils ne peuvent être gratuits. J’ai finalement proposé un tarif à cette dame et lui ai fait son courrier le lendemain, depuis mon bureau. C’est la première fois qu’un usager vient dans une de mes permanences pour me proposer de me payer hors de la permanence.

Et je viens d’apprendre que l’écrivain public n’était pas mort : il a seulement déménagé dans le sud de la France !

Trop aimable

Très avenante avec le public, je suis plutôt conciliante avec les demandes, peut-être un peu trop, ce qui m’a parfois joué des tours :

  • l’usager qui vient 30 minutes avant la fermeture de la mairie de quartier dans laquelle je tiens les permanences avec des tonnes de photocopies à faire pour un dossier et qui trouve ça parfaitement normal.
  • celui qui passe 20 minutes à fourrager dans ses sacs à la recherche de ses papiers et qui monte le ton lorsque je lui rappelle que d’autres personnes attendent derrière lui.
  • celui qui veut ABSOLUMENT que je recopie son torchon à moitié français à la virgule près.
  • celles qui arrivent 10 minutes avant la fin de la permanence et qui veulent que je les prenne toutes les deux pour faire « juste un petit courrier ».
  • la personne qui veut son courrier « urgent » et qui s’arrange pour être ajoutée à la liste d’administrés que j’ai sur le planning.

Et je ne compte plus les demandes du personnel de la mairie qui souhaite un courrier « rapide », comme peut l’être une lettre de motivation, un CV ou la rédaction d’un rapport consécutif à l’entretien annuel…

 

 

Résolutions de début d’année

Liste de résolutions coinçée par un mug et une assiette saleJe me rends compte que je n’ai pas publié de billet depuis fort fort longtemps. En ce moment, je me pose des questions sur l’évolution de mon activité.

L’essentiel de mon travail concerne les permanences en institution. Je travaille pour plusieurs communes et j’ai l’avantage de connaître les ressources locales et de travailler ainsi de concert avec différents partenaires. L’inconvénient, c’est que cela me prend beaucoup d’énergie car je rédige pour des personnes qui rencontrent des difficultés sociales dans les différents domaines de leur vie.

Je travaille également comme rédactrice web. J’aime cette activité qui reste cependant modeste au regard de mon chiffre d’affaires. Il faudrait que je développe ma communication afin d’obtenir de nouveaux clients.

Et puis, il y a aussi les corrections. Pour être parfaitement professionnelle en la matière, il faudrait que j’entame une formation. Mais voilà : je n’ai pas envie en ce moment de me former.

Ah, et heureusement, j’anime aussi quelques ateliers d’écriture, ce qui permet une certaine créativité et une autre relation avec les écrivants.

Et depuis septembre 2016, je suis professeur vacataire à l’IUT de Fontainebleau.

Et puis, j’ai toujours un roman sur le feu, que je n’arrive pas à rédiger faute de temps.

Et le retard dans la rédaction de mes billets…

Finalement, mon temps est bien assez rempli.

Donc, pour 2017 : m’en tenir à mon planning serré !

 

La mort du service public

Lors de mes permanences en institution, je vois le service au public se dégrader de jour en jour, et j’en suis navrée. On a pris l’habitude de taper sur les fonctionnaires, mais je pense qu’il faut quelque peu nuancer et reconnaître qu’ils n’ont plus les moyens de remplir leurs missions. Et du coup, la motivation s’est grandement émoussée.

Lorsque j’entends des administrés me dire qu’on leur a proposé un logement social en échange d’un pot-de-vin, ça m’énerve. Et que dire de Pôle Emploi qui sous-traite toutes les missions qu’il doit remplir auprès de sociétés privées ? Il s’agit de faire du chiffre, un business lucratif et qui permet de ne pas s’attarder outre mesure sur la situation sociale de certains demandeurs d’emploi. Et quid du RSI qui extorque des « charges sociales obligatoires » aux indépendants en les laissant sur le carreau ? La négligence de l’État date de plusieurs décennies et ne peut désormais plus être compensée par les efforts déployés par les fonctionnaires.

Mais, ce qui m’agace aussi, ce sont les économies de bouts de chandelles faites dans les bâtiments publics : plus de papier dans l’imprimante, surcharge des demandes, non-remplacement des arrêts maladie et congés maternité, dématérialisation forcée et négation des contacts humains, rendement du service public …

On s’américanise, on se trumpise, et on perd toute notion d’humanité. C’est triste. Indignons-nous, comme l’a préconisé Stéphane Hessel, et cessons d’être résignés !

 

 

La courbe de Gauss

Il y a quelques temps, alors que j’étais sidérée par la médiocrité de certains confrères qui désiraient jeter l’opprobre sur des actions menées par plusieurs adhérents du SNPCE, une consœur m’avait parlé de cette fameuse courbe de Gauss.

Elle m’a dit que, quel que soit le corps de métier, il est toujours ainsi composé :       10 % de très bons, 10 % de très mauvais, et le ventre mou, composé à 80 % de moyens. J’avais donc classé ces individus dans la deuxième catégorie et j’étais passée à autre chose.

Très récemment, j’ai encore pu constater la suffisance de certains confrères qui ne souhaitent pas que notre profession soit reconnue et valorisée, bien au contraire, mais qui œuvrent seulement à saboter les actions qui ont été menées par d’autres, justement parce qu’elles ont été menées par d’autres. Leurs pitoyables actions consistent à reprendre ce qui a été fait pour le présenter comme étant une réalisation originale et devant permettre de mieux connaître nos métiers. L’intention de nuire est évidente, et la fatuité de ces pitres me désole quelque peu.

Parfois, j’ai envie de partir sur une autre planète, qui ne serait peuplée que de personnes comme moi ; en effet, l’égocentrisme et le manque de déontologie de certains de mes confrères et consœurs entament parfois mon bel optimisme. Fort heureusement, il existe des personnes qui me permettent encore de croire que notre profession accueille de vrais professionnels obéissant à une éthique. Donc, merci Anne, Christine, Delphine, Véronique, Florence, Odile, Chrystelle, Tally, Bernard, Alain…

Arnaque au mariage

coeur brise en plusieurs morceauxJ’ai déjà eu l’occasion d’aborder ce triste sujet, mais j’écris encore de nombreux courriers d’hommes ou de femmes floués, tombés amoureux au pays et dont la belle histoire se termine par un mariage. Alors, vécurent-ils heureux et eurent-ils beaucoup d’enfants ? La vérité est moins jolie…  Il s’avère après quelques mois de vie commune que la personne avait accepté des épousailles dans le but d’obtenir un titre de séjour.

Cette fois, c’est un homme d’une quarantaine d’années qui vient me voir ; il semble vraiment amoureux de son épouse de quatorze ans plus jeune. Il a contracté un crédit pour un mariage luxueux, il a payé tous les frais pour qu’elle vienne, il a réalisé les démarches du regroupement familial, il lui a trouvé une formation en France rémunérée, il a de nouveau cassé sa tirelire pour lui offrir une montre sublime afin de fêter l’obtention de sa carte de résident et… trois semaines après la délivrance de son titre de séjour, la belle s’était envolée chez son frère dans le Sud de la France et, quelques mois plus tard, il recevait le courrier d’un avocat lui demandant les coordonnées du sien afin de finaliser le divorce.

Pas rancunier, le pauvre homme reste fol amoureux et très triste. Il vient me voir pour écrire un courrier récapitulant les faits afin de l’envoyer au procureur de la République. Il en a profité pour préciser que son beau-frère venait d’épouser une citoyenne française et qu’il était dans l’attente de ses papiers…

Ce serait bien d’enrayer ce fléau et d’avertir les résidents étrangers de l’existence de cette pratique.