Quand l’écrivain public aguerri se fait avoir

J’ai très peu de clients particuliers. Très peu, parce que je m’arrange pour les envoyer vers une permanence gratuite en fonction du lieu de leur résidence. Pourquoi ? Parce que dès qu’il faut mettre la main à la poche, mes compétences sont mystérieusement mises en doute. Pas tout le temps, heureusement, mais tout de même, ça m’agace.

En général, pour les nouveaux clients, je demande un paiement de la totalité du travail pour les travaux de correction, et un paiement contre remise du document en main propre pour les courriers. Pour les rares biographies que j’ai réalisées, je demandais un règlement tous les mois. Et puis, j’ai quelques clients réguliers. Pour ceux-là, je fais confiance et envoie par mail le travail avant d’avoir reçu le paiement. Jusqu’à présent, ça marche plutôt bien.

Dernièrement, un de mes clients m’a demandé de rédiger un CV pour son cousin. Il m’a envoyé tous les éléments par mail, et j’ai réalisé le CV, simple, mais clair et ordonné. J’ai eu le cousin en ligne et par SMS pour des précisions, et puis j’ai envoyé le CV en format PDF par courriel. Là, plus de nouvelles du cousin. Je l’ai relancé deux ou trois fois avant d’envoyer un SMS à mon client. Il m’a répondu que ce n’était pas le CV attendu par son cousin. Il a ensuite envoyé une photo d’un CV avec une photo et en couleurs et m’a demandé de faire ça. Agacée, j’ai répondu par SMS :

« 1/Ce n’était pas ce qui était demandé au départ (le prix est plus élevé compte tenu du travail)

2/Ce ne sont pas des manières de faire : votre cousin ne m’a pas répondu, même pour me dire que ce n’était pas le CV qu’il voulait.

3/Je vous laisse trouver un autre écrivain public. »

Heureusement que je n’ai pas passé trop de temps sur ce travail !

La machine de guerre

Qu’il est pénible de venir à une permanence et de voir ses rendez-vous se transformer en lapins au gré des heures. Mais il est encore plus Femme avec six bras accomplissant plusieurs activités simultanées.stressant de devoir assurer tous les rendez-vous PLUS les urgences…

Voici à peu près ce que donne ce type de permanence.

09 H 02 : j’arrive en sueur avec mes sacs (ordinateur et imprimante portables) car je suis en retard et j’ai trouvé une place pour la voiture à 800 mètres de l’endroit où je dois travailler. L’accueil m’avertit que mon premier rendez-vous est déjà là. Et une urgence aussi. Je m’engouffre dans l’ascenseur, marche très vite jusqu’au bureau alloué (situé de l’autre côté de l’entrée du bâtiment). J’ouvre le bureau, et branche mes outils.

09 H 09 : je prends l’ascenseur pour aller chercher mon premier rendez-vous et revenir dans ce satané bureau. Il s’agit d’un recours auprès des impôts, lesquels ont pris en compte des revenus qui n’ont jamais été perçus.

09 H 24 : je redescends, fais les photocopies et remonte avec mon « urgence ». Arrivée au bureau, l’accueil m’appelle pour me prévenir que mon rendez-vous de 09 H 30 est arrivé. Il est 09 H 30. L’urgence en question n’est autre qu’un courrier à adresser à l’officier du ministère public pour contester une amende… vieille de deux ans !

09 H 37 : je redescends, fais les photocopies et remonte avec mon rendez-vous. Cette fois-ci, je dois remplir un dossier CMU et faire des attestations sur l’honneur pour la CPAM. L’accueil m’appelle pour me dire que mes rendez-vous de 10 H et 10 H 30 sont arrivés.

10 H 01 : je descends et remonte avec mon rendez-vous. L’usager me demande une lettre de motivation et un CV.

10 H 33 : je descends, fais des photocopies et  remonte (avec mon rendez-vous). Il me faut rédiger un recours contre une décision de la MDPH qui rejette une demande de l’usager ; son taux de handicap, évalué à 100 % depuis 1992, vient d’être évalué à moins de 80 %. Je lis le certificat rédigé par le médecin traitant qui incendie la commission. Ce courrier me prend plus de temps que les autres. Dring : mon rendez-vous de 11 H m’attend.

11 H 08 : je redescends, fais des photocopies et remonte avec mon rendez-vous. Deux courriers : demande de remise gracieuse d’un trop versé que la CAF réclame et une lettre à la mairie pour appuyer une demande de logement social.

11 H 31 : je redescends, fais des photocopies, et remonte, mais seule, parce que mon dernier rendez-vous n’est pas encore arrivé. Il ne viendra jamais, et j’en profite pour plier bagage et repartir… vers la permanence de l’après-midi, dans une autre ville, où les problématiques seront les mêmes.

J’aime mon métier, mais j’aime aussi beaucoup animer des ateliers d’écriture, cela me détend !

 

La rédaction de comptes rendus de réunions

Comme très souvent, le Syndicat national des prestataires et conseils en écriture (SNPCE) organise un atelier. Intitulé « Rédaction de comptes rendus de réunions », il se tiendra samedi 17/09/2016 de 14 h 30 à 17 h 30. Cette petite formation est gratuite pour les adhérents ; il en coûtera 20 € aux rédacteurs intéressés par ce sujet et non membre du Syndicat. Mené par Véronique Galpin, cet atelier se tiendra rue de Charonne dans le onzième arrondissement de Paris.

Toutes les informations se trouvent sur le site Internet du SNPCE : http://www.snpce.fr/prochain-atelier-petites-variations-comptes-rendus/

 

La rédaction web

Fée brandissant sa baguetteJ’ai un contrat de rédaction avec une association fécampoise, Les Habilleuses. Leur concept (que j’aime vraiment) est de créer ou d’adapter des vêtements pour des personnes âgées, handicapées, accidentées, ou dont le corps a des besoins spécifiques. Récemment, j’ai eu l’occasion de venir à Fécamp, notamment pour réécrire quelques parties de leur site Internet. J’ai pu apprécier le sérieux, l’enthousiasme et le dynamisme de ces femmes (eh oui, l’effectif est exclusivement féminin), et ça fait du bien ! L’existence des Habilleuses permet d’améliorer la vie quotidienne de nombreuses personnes dont la mobilité est réduite. Très active, l’association organise des défilés, participe à des forums, et tient une permanence hebdomadaire le jeudi après-midi durant laquelle sont accueillies bénévoles, personnes en situation de handicap et, d’une manière générale, toutes les bonnes volontés.

Pour en savoir plus :

- le site Internet : http://www.leshabilleuses.com (le toilettage du site n’est pas terminé).

- le page Facebook : https://www.facebook.com/Les-Habilleuses-246424458761659/?fref=ts

Un défilé est prévu le 17 septembre 2016 sur la plage de Fécamp (si le temps le permet).

Je vous raconterai l’évolution de l’association au cours de mes pérégrinations…

 

 

 

Grosse colère !

Les permanences d’écrivain public s’allègent avec la venue de l’été, et ce n’est pas pour me déplaire. J’en profite pour débrancher durant quelques jours, histoire de recharger mes batteries.

Cette année, j’ai été confrontée à plusieurs situations qui m’ont fatiguée. Les usagers d’abord, de deux types :

  • Ceux qui sont insupportables et qui pensent que tout leur est dû. Heureusement, il ne s’agit que d’une minorité.
  • Ceux qui sont dans une situation très précaire et ne savent pas comment s’en sortir.

Sur le terrain, on voit bien que de nombreuses personnes arrivent en France en pensant que leurs soucis vont enfin prendre fin puisque leur vie n’est plus en danger. Las ! Les employés des administrations n’ont pas les moyens ni les formations nécessaires pour répondre à la demande. Ils font au mieux, face à une population déracinée, exigeante et déboussolée. L’Administration (avec un A majuscule) quant à elle, est fidèle à sa réputation : pointilleuse, bordélique et incohérente.

Je suis écœurée par le comportement des hommes qui « font » de la politique. Le facteur humain ne rentre pas dans leur plan de carrière. Dernier exemple en date : dans une des permanences que j’assure, un responsable quelconque (à moins qu’il ne s’agisse d’un élu ; c’est à peu près la même chose en matière d’incompétence, mais j’imagine que cela a une incidence sur le salaire) a décidé de mettre le bureau de l’écrivain public au premier étage, avec un très très long couloir pour y accéder, le tout provisoirement sans ascenseur. Quid des poussettes et des personnes invalides ? L’administré qui a rendez-vous doit me suivre dans un dédale de couloirs, après avoir monté une volée de marches. La sécurité des bâtiments publics (hum) m’oblige à quémander l’ouverture de la porte (ce qui se fait grâce à un badge que je n’ai pas). Visiblement il s’agissait pour ces responsables de montrer qu’ils travaillaient, mais ils n’ont pas daigné prendre connaissance de ce qui se passait sur le terrain. Comme d’habitude. Petit détail : lorsque le bureau du premier étage est occupé, la permanence se fait au… troisième étage ! Toujours sans ascenseur…

Enfin, le beau temps arrive, et je vais pouvoir m’arrêter avant de m’énerver après cette société qui paye le prix d’années d’incompétence, de laisser-aller et de népotisme.

Bonnes vacances à ceux qui ont la chance de pouvoir en prendre !

 

L’usager procédurier

Parfois – heureusement, cela n’arrive que très rarement – l’écrivain public attend l’usager. Certes, il arrive qu’un ou deux usagers ne se rendent pas à leur rendez-vous. Par contre, lorsque cinq rendez-vous sur six ne viennent pas, ce n’est vraiment pas drôle ! Le pire, ce n’est pas forcément l’attente : j’ai toujours un petit quelque chose à écrire (comme un billet de blog, par exemple). Non, le pire c’est de reconnaître le dernier nom  de la liste, de se souvenir que c’est une personne pénible, qui a toujours des tonnes de courriers à écrire.

« Bonjour, aujourd’hui, il faudrait écrire ça » dit-elle en posant deux ou trois feuilles manuscrites. Le « ça » en question est un amalgame de termes pseudo juridiques enrobés d’expressions grandiloquentes et pas toujours très françaises. Cette personne est embarquée dans des situations juridiques improbables, notamment avec un futur ex-mari qui a entamé une procédure de divorce au bout de seulement quelques semaines de mariage, lequel a été célébré en France, mais non transcrit aux Etats-Unis, pays dont est citoyen l’époux en question. De cette maigre union est née une petite fille en 2010.

Cette fois-ci, ça ne coupe pas, elle demande une réponse à une annonce Pôle Emploi via son espace personnel et une lettre à un juge américain ; cela fait six ans qu’elle fait durer la procédure pour empêcher le remariage de son conjoint et obtenir la nationalité américaine !

Et voilà : je finis la permanence en retard alors que je n’ai eu qu’un usager…

 

Le mutisme des usagers

Ce jour-là, un homme et une femme entrent dans le bureau. Sans un mot, ils me tendent un courrier de la préfecture rejetant la demande d’admission exceptionnelle au séjour de la jeune femme. Je lis et comprends que les arguments donnés par la jeune femme n’ont pas été étayés par des preuves.

« Voulez-vous faire un recours ? »

Hochement de tête.

- Optez-vous pour un recours gracieux ou administratif ?

Stupéfaction de mes deux auditeurs. Le frère de la jeune femme me dit qu’ils veulent suspendre l’obligation de quitter le territoire. Recours administratif.

- Pourquoi voulez-vous rester en France ?

La jeune femme semble étonnée par mes questions qui n’ont d’autres buts que de lui arracher quelques arguments qui pourront convaincre le tribunal.

Durant trente minutes, je dois me contenter de quelques mots arrachés et des expressions du visage pour comprendre comment et pourquoi la jeune femme veut rester en France. Pas facile. Mais je réussis : le recours est parfait, du moins si j’en juge par les grands sourires qui me seront donnés à la fin de ma mission.

Comme quoi, le travail consiste essentiellement à savoir écouter (même le silence) pour pouvoir comprendre !

 

Le rendez-vous annuel du SNPCE

Comme chaque année, le congrès du Syndicat national des prestataires et conseils en écriture se tient au cours du mois de juin. L’après-midi du 18 juin 2016 sera consacré à un atelier intitulé « Comment répondre à un marché public ? ». Ouvert à tous les prestataires et conseils en écriture, le but de cet atelier est de démythifier l’appel d’offres et montrer aux PCE qu’il est possible de proposer sa candidature et même, parfois, d’être choisi. Cette transmission d’expériences sera menée par trois PCE (dont je fais partie) qui ont l’habitude de répondre à des appels d’offres.

L’atelier d’une durée de trois heures est gratuit pour les adhérents du SNCPE, et il en coûtera 20 € aux non adhérents. Tous les détails de cet atelier sont mentionnés sur le site du SNPCE : www.snpce.fr/atelier-18-juin-2016-repondre-a-appel-doffres/

 

 

La magie de l’écriture

Fée brandissant sa baguetteCertains usagers viennent me voir parce qu’il leur faut un courrier. Ils veulent contester, avoir une remise gracieuse, obtenir un droit… Mais n’ont aucune raison valable à me donner. Parfois, ils ont des arguments qui me laissent sans voix. Je suis compétente, mais tout de même, j’ai mes limites, qui sont posées par les administrés eux-mêmes.

 

Et si l’écrivain public était finalement un être doué de magie ?

 

 

 

Un jeune homme un peu trop sûr de lui.

« Je dois de l’argent à Pôle Emploi ». Je lis le courrier qu’il me tend.

- Effectivement, il est écrit que vous avez travaillé pendant que vous touchiez l’allocation de retour à l’emploi. Vous voulez demander un échéancier ?

- Non : j’ai eu besoin de l’argent pour mes parents.

- …

Autre cas : un monsieur reconnu handicapé.

« Voilà chère madame, j’ai rapporté tous mes bulletins de paie ».

En  vérifiant le petit mot que me tend ce monsieur et sur lequel je reconnais mon écriture, je vois qu’il s’agissait d’un dossier de retraite sur lequel il manquait des informations.

« Avez-vous ramené le dossier de retraite ? »

- Alors là, vous me posez une colle.

-…

Autre cas : une dame âgée et manifestement socialement défavorisée.

« On m’a dit qu’il faut dire à mon assurance que les pompiers ont cassé la vitre à cause d’un appel malveillant ».

- Très bien. Quand a eu lieu l’incident ?

- Alors ça, je ne sais pas. Pourquoi ?

- Pour déclarer ce sinistre à votre assurance.

- Ah, mais ils ne veulent rien savoir.

- …

 

L’écrivain public gâté

Les permanences d’écrivain public sont gratuitement mises à disposition des administrés puisqu’une convention fixant le tarif d’intervention est signée avec la collectivité (mairie ou CCAS). Du coup, 99 % des usagers repartent avec un courrier très bien tourné, parfois accompagné de photocopies, le tout sans débourser un centime.

Parfois, il arrive que l’administré soit si heureux du résultat obtenu, ou comprenne à quel point je suis compétente dans mon travail (on peut rêver), qu’il se sente redevable. J’ai donc déjà eu quelques présents. En vrac : un pyjama pour mon bébé, des chocolats, des fleurs, du parfum, des gants, un vase, un jouet pour mon bébé ou encore des pâtisseries. Croyez-le ou non : ça fait toujours plaisir !